Des vœux difficiles à formuler

J’avais prévu ce soir d’envoyer les vœux de Faenza pour la nouvelle année.

Mais peut-on encore souhaiter que l’année soit bonne quand, à deux pas de nos vies, on sème la mort en étant sûr de son bon droit ?

Mais ... peut-on faire autre chose que de souhaiter que le reste de l’année soit... meilleur ?

Autour de moi, on se décourage : quel sens peuvent donc avoir nos activités de musiciens, de chercheurs, d’enseignants, « à côté de cette réalité » ?

Réalité, énorme, omniprésente, planétaire, sans commune mesure avec le microcosme que forme notre communauté de privilégiés parmi les privilégiés.

Et bien moi je dis que heureusement qu’il y a quelque chose à côté de cette réalité.

Heureusement qu’il reste encore ici de la place en abondance pour les choses légères et « inutiles » car, si ce n’était pas le cas, à quoi ressemblerait le monde ?

Je pense à ce récit d’une rescapée des camp de concentration nazis, qui raconte comment les prisonnières s’émerveillaient, en passant devant la fenêtre d’une maison à l’extérieur du camp, qu’il put exister une fleur derrière cette fenêtre.

La seule existence de cette fleur leur était un réconfort.

Cela, je peux le comprendre.

J’ai besoin de savoir qu’une autre réalité existe, même si je n’y aurai jamais accès. J’ai besoin de savoir que le moine prie, même si sa prière ne peut rien pour moi. J’ai besoin de savoir que l’ascète atteint son Nirvana, même si cette libération ne sera jamais la mienne. J’ai besoin de savoir qu’un enfant sourit quelque part, même si partout ailleurs les enfants sont maltraités. J’ai même besoin de savoir, figurez vous, que des gens richissimes collectionnent des tableaux de Maîtres ou des jardins merveilleux, et en jouissent tout seuls, car il me suffit que cette beauté existe encore, protégée quelque part, même si je ne la verrai jamais.

Il ne me semble pas que la recherche de la beauté pour la beauté, que la beauté de la recherche pour la recherche, soient choses vaines et inutiles face à la violence.

Et le rire, bien entendu, reste essentiel.

Bonne année, alors ...

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